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LES VIOLS DES FEMMES ET JEUNES FILLES : “crimes et arme de guerre” pendant la guerre à Bukavu (Mai-Juin 2004)


LES VIOLS DES FEMMES ET JEUNES FILLES « Crime et arme de guerre »pendant la guerre à Bukavu ( Mai - Juin 2004)

Les derniers évènements survenus dans la ville de Bukavu au mois de Mai et de Juin 2004 ont été les plus macabres jamais vécu par la population de cette ville depuis les rebellions.

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En dépit des toutes les autres violations des droits humains enregistrés pendant cette période de l’occupation de le ville par les éléments mutins de MUTEBUTSI, Laurent NKUNDABATWARE et leurs alliés rwandais, le viol a encore été utilisé comme « Arme de guerre » pendant l’opération « T.D.F » ( Téléphone, Dollars, Femmes)

Pendant les 15 jours d’occupation( soit du 26 mai au 09 juin 2004), leurs éléments ont usé les viols massifs des femmes et filles de 3 à 70 ans pour terroriser les populations civiles et porter atteinte à la dignité de la femme de la ville de Bukavu.

L’on ne faisait qu’enregistrer des cas de viols dans les quartiers urbains de la ville de Bukavu. Les femmes et filles se sont réfugiées au quartier général de la MONUC pour protection, d’autres dans les paroisses pour échapper à ces viols et violences sexuels.

Ces actes barbares se faisaient la journée et la nuit dans des maisons des paisibles citoyens après les avoir pillés et/ou battus. Personne pour porter au secours aux victimes lors des viols.

Des enfants de moins de 5 ans n’ont pas été épargnées. Avec humiliation et sans pitié et sur leur exigence, les filles ont été violées en présence de leurs frères ou parents, les femmes en présence de leurs maris. Certains parents ont été tués, battus parce qu’ils n’ont pas accepte que leurs filles soient violées en leur présence. Et la manière dont ils se sont déchaînés pour violer les filles de tous les quartiers sous leur contrôle inquiète plus d’un. Les maisons étaient forcées pour vérifier la présence des filles.

Elle s’appelle D. ( 16 ans) sur avenue Kibombo dans la commune d’Ibanda. Elle raconte comment elle a été violée avec ses deux autres sœurs par 20 militaires depuis 19 heures jusqu'à 5 heures du matin dans leur propre maison.

« Le 02 juin 2004, depuis 18 heures, nous les avons vu s’asseoir devant notre maison avec leur véhicule. Une heure plus tard dans le noir, car la ville était coupée en électricité, ils sont rentrés chez moi. Ils ont emporté tous les biens de la maison dans une camionnette. Ils ont demandé l’age de chacun de nous. Ma sœur qui avait plus de 25 ans et ma mère n’ont pas été touchées. Seules nous qui avions moins de 25 ans. Ils nous ont amenées chacune de son coté.

Ma sœur S.( 22 ans) violées par sept militaires et F.(20 ans) par huit militaires au dépôt des vivres et magasin de la maison. Ils m’ont mis dans la salle de bain. Je me suis battue contre cinq militaires quand ils ont voulu que mes frères assistent au viol. Apres un bon temps de lutte je fus maîtrisée après avoir été battue sérieusement. Ils ont déchiré mes habits et je me suis retrouvée nue. Ce fut ma première relation sexuelle. Quand je saignais, le premier militaire m’a donné un coup de poing au visage en m’injuriant parce que je l’ai sali. Les autres sont passes sans que je ne bouge. Entre temps, ils ont mis à terre ma mère, et mes frères couchés à terre pendant toute l’opération. Et quand un groupe terminait, l’autre montait pour continuer. C’est seulement à 5 heures du matin qu’ils sont partis après avoir pris tous les objets de la maison. Le matin , mon frère m’a transportée au dos pour m’amener à la MONUC, car je ne pouvais plus marcher. Personne dans le quartier n’a été au courant de la situation à part le garçon voisin réfugié chez nous. Mes deux sœurs n’ont pas voulu rester à Bukavu, elles ont préféré aller à Goma.

Je suis prise en charge par Malteser, mais je ne pensais qu’a cela régulièrement. C’est pourquoi ils m’ont confiée à une assistante de l’hôpital de Panzi dans le camp de déplacés pour ne pas me retrouver isolée. Je souffre des injections, des douleurs chaque jour. Chaque fois qu’on me rappelle du rendez vous avec le docteur, c’est alors que je me souviens que je suis victime de viols ».

Plusieurs familles ont déplacé leurs filles dans des endroits plus sécurisants. Des familles ont trouvé refuge au siège de la MONUC, dans les paroisses de Bagira, de Kadutu pour la protection. Plusieurs filles ont pris la direction de la ville de Goma au Nord - Kivu lorsque les trafics fluviaux ont débuté.

Une femme enceinte et trois fillettes violées ont été acheminées par la MONUC à l’Hôpital de Panzi, spécialisé dans la prise en charge des personnes victimes des viols et violences sexuels.

Monsieur R .retrouvé chez lui avec sa famille. Il a été obligé par les militaires de déshabiller sa femme pour qu’elle soit violée devant lui et ses deux petits enfants( 5 ans ) et ( 2 ans). Apres le refus, il fut frappé, mais à la fin il lui enleva sa blouse et les militaires à l’aide de la baïonnette déchirèrent le sous vêtement. Le femme, larmes aux yeux, ne résista pas. Voulant utiliser son condom, le militaire qui devait commencer se décida d’abandonner en disant au mari que c’est grâce à son obéissance que la femme est épargnée. Les enfants ont assisté à un spectacle offert gratuitement.

D’autres cas ont été signalés, mais ne sont pas allés à la MONUC pour transfert à l’hôpital. Durant toute la journée, les filles faisaient des mouvements pendulaires à travers la ville à la recherche des endroits surs pour se réfugier et échapper ainsi aux viols et harcèlements sexuels.

Ces actes ont été même aux petites filles vendeuses de bananes. Une a été attrapée par ces militaires dans l’enclos en face du bureau de la Police nationale congolaise dans la commune d’Ibanda aux environs de 13 heures pendant que les gens passaient et entendaient des cris de la jeune fille.

A Nguba, quartier frontalier avec le Rwanda, surtout au quartier Crédit foncier, à Muhungu et au PAGECO, le viol a été fait presque de porte à porte. Les uns dans la maison pour violer, tandis que d’autres à l’extérieur attendaient. A Muhumba, le quartier riche de la ville, a été visité pendant deux semaines par les militaires de Mutebutsi sans contrôle de la MONUC. Ainsi les viols se sont opérés sans inquiétude dans les familles. L’on a déploré aussi le viol d’une agente expatriée de War child dans sa résidence.

Là aussi les victimes et les familles ne veulent pas déclarer cette ignominie. Toutes les filles se sont réfugiées au siège de la MONUC à Muhumba.

Plusieurs cas de viols ne sont ni signalés, ni recensés par les victimes elles mêmes et par leurs familles.

Une autre jeune fille a échappé au viol à 11 heures sur l’avenue patrice Emery Lumumba dans l’enclos de leur maison. Voulant être violée par le militaire, condom à la main, elle a crié au secours. Les voisins sont sortis en masse de leurs maisons, c’est alors que le malfaiteur s’en alla sans regarder derrière.

D’autres cas de viols ont été signalés :

1. Madame MWAJUMA, âgée de 26 ans, mariée à Balole Tabu, et mère de 2 enfants, habitant le quartier Essence en commune d'Ibanda, dans la ville de Bukavu .la femme a été violée par des militaires de Mutebutsi et Nkunda.En date du 03.06.2004 vers 7hoo du matin, nous avions été visité par 3 militaires parlant Kinyarwanda, alors que nous étions enfermé dans la maison, ils m'ont demandé d'ouvrir la porte, en insistant, je suis allée ouvrir. Quand les enfants les ont vus, ils ont commencé à crier et à pleurer. Ils ont pris mon mari et l’ont enfermé dans la chambre.

Ils m'ont dit que si je criais aussi, ils vont tirer sur moi. Ils m'ont entouré et m'ont demandé de l’argent en dollars, j'ai dit que je n'en avais pas, ils m'ont demandé le téléphone que je n' avais pas aussi, c'est alors que l'un d'eux sauta sur moi, l'autre s’est placé à 1 m pour me tirer par la force. Dans la peur, je suis tombée par terre en criant, c’est alors qu’il me prit par force et coucha avec moi, tandis que d’autres sont partis piller chez les voisins. Apres leur forfait, mon mari est sorti de la chambre.

2. Madame Odette, communément appelée « Maman Sandra », âgée de 33 ans, mariée à Makengo, et mère de 4 enfants, agent à l'Office Congolais de Contrôle de Bukavu. Habitant sur avenue Mahenge, quartier Ndendere, commune urbaine d’Ibanda dans la ville de Bukavu. C’est une femme tutsi du Rwanda qui vit à Bukavu. Elle a été violée par les militaires de la 10 eme région militaire de la FARDC. En date du 01.06.2004 vers 20hoo, plus de cinq militaires parlant lingala et kiswahili ont frappé à ma porte et forca jusqu'à entrer dans la maison. Un groupe est resté à l'extérieur contournant la maison. Ceux qui étaient à l'intérieur de la maison m'ont exigé de l'argent que j'ai donné, tandis que d’autres étaient entrain de piller tous les objets se trouvant dans la maison. C'est ainsi que l'un d’eux me dit en swahili « Napashwa lala na wewe leo, upende usipende », ou « Que tu le veules ou pas, aujourd’hui, je dois coucher avec toi ». Ils ont commencé à me torturer; à me fouetter, des coups partout, ils avaient envie de me tuer, ils se sont entraidés à me déshabiller, je n'avais personne pour me venir en aide. Ils ont couché avec moi et m'ont abandonné à demi mort.J’ai quitté chez moi comme une folle, sans vêtements. Je suis allée demande secours chez les voisins, personne pour m’ouvrir sa porte, jusqu'a la 4ème maison chez Maman Divine. Elle m'a aidé à laver, elle m'a massé et m'a vêtu. Je suis restée cachée dans le plafond durant 4 jours, ce sont ces voisins qui ont informe les militaires de la MONUC pour me récupérer.3. Madame Charlotte, (39 ans), mariée à Monsieur KARHENDEZI, habitant le quartier Nyamugo dans la commune urbaine de Kadutu et mère de 8 enfants.

C'était vers 9hoo du matin, un frère de mon oncle paternel qui fuyait des exactions avec sa mallette dans son quartier au niveau du quartier latin vers Nyamugo. Les militaires étaient a sa poursuite pour récupérer cette mallette, quand ils sont entré , ils ont commencer par demander cette mallette, nous avions manifeste certaines réticence, ils sont passés dans toutes les chambres et enfin récupérer la mallette; après l'un d'eux me prit par les bras, l'autre me braqua son arme, et me dirent que si j'ose ouvrir ma bouche, ils me tueront, mais j'ai continué a crier. Finalement, j'ai eu des vertiges et suis tombée par terre, c'est alors que l'un sauta sur moi, j'ai essayé de résister en fermant mes jambes mais en vain, j'ai fini par perdre connaissances. Je me suis retrouvée entourée des voisins en train de verser de l'eau sur ma tête, je n'avais pas su la destination de ces militaires qui parlaient Kinyarwanda et Kiswahili.

Dans certaines avenues, les maisons essaient ciblées pour retrouver les jeunes filles par les militaires. Ils sillonnaient les quartiers pendant la journée et le soir, ils revenaient pour violer les filles .

La crainte de la population est de constater que plusieurs cas de viols ont été commis sans une mesure de protection contre une imminente contamination du VIH/ Sida par ces militaires dont il est toujours dit que plusieurs sont séropositifs.

Juillet 2004

Victor AMISSI SULUBIKA